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Judith Allen

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Judith Allen
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Message Sujet: Judith Allen | Ven 3 Avr - 14:05




JUDITH ALLEN


feat. Malese Jow


Identité


Âge: 22  ans
Occupation: Etudiante en droit et assistante au bureau du juge à mi-temps
Contamination: Saine

Personnalité:  
Judith est loin d’être une fille gentille et altruiste. Elle a plutôt un sale caractère, avec des idées bien arrêtées et une volonté impressionnante. Depuis toute petite, elle a toujours eu tendance à faire des caprices pour tout et n’importe quoi : un jouet que sa mère ne voulait – pouvait – pas lui acheter ou un livre qu’elle ne voulait pas partager avec ses camarades de classe. En grandissant, elle eut du mal à comprendre qu’on ne lui devait pas tout. Fille unique, élevée par une mère célibataire dont l’amour maternel était peut être trop important, Judith, qu’on appelle souvent Jude, a une haute estime d’elle-même. La vie lui a appris à être débrouillarde et inventive lorsqu’elle voulait quelque chose que sa mère et son maigre salaire ne pouvait pas lui offrir. Elle aime réussir et elle est assez fière : elle sait ce qu’elle vaut et si elle a la possibilité de se mettre en avant, elle n’hésitera pas. Parce qu’elle n’est pas née avec une cuillère en argent dans la bouche, elle sait que le seul moyen de réussir dans la vie c’est ça : être meilleure que tout le monde et saisir toutes les opportunités qui se présente à elle, quitte à profiter de la générosité des autres, être manipulatrice ou faire preuve de lâcheté. Elle adore la compétition, et l’université est le lieu idéal pour elle, pour montrer qu’elle est au dessus de tout le monde.

La compassion n’est pas son fort et à cause de son côté égoïste, Judith n’a que très peu d’amis. Peu de gens comptent réellement pour elle, mais elle sait être loyale et elle a une vague notion de respect. Indépendante, elle a souvent été celle qu’on suivait, au lycée notamment, sans se rendre populaire pour autant : elle a toujours revendiqué un statut d’outsider, refusant d’être cataloguée comme une pompom girl. Elle a toujours assumé ses choix, aussi mauvais pouvaient-il être.

Judith n’est pas quelqu’un de solitaire pour autant : elle préfère s’entourer de gens intéressants, en mettant toujours des barrières, ayant très peur de s’attacher. Elle s’est attachée à quelqu’un une fois : un amant de sa mère, avec qui elle était restée pendant un moment, et elle vécu mal la séparation. Depuis, elle s’est jurée de ne plus recommencer. A vingt-deux ans, elle n’a jamais eu aucune relation qui n’a duré plus de six mois : la stabilité n’est pas quelque chose qu’elle recherche et elle espère surtout avoir une vie professionnelle importante, plus qu’une vie de famille. Elle tient également à profiter de sa jeunesse avant d’être obligée de se caser quelque part. Elle a tendance à se lasser assez vite aussi, ce qui la rend plutôt instable : on lui dit souvent qu’elle n’a aucun sentiment. Ce n’est pas faux, mais elle n’a pas envie de se retrouver dans la même situation que sa mère, à être obligée d’accumuler les petits boulots pour s’en sortir. C’est d’ailleurs l’une de ses plus grandes peurs : suivre son exemple. Sa mère était tout son contraire : aimante, gentille, naïve mais forte malgré tout. C’est peut être la seule chose que Jude espère garder d’elle : sa capacité à encaisser les coups, et se relever avec très peu d’aide.

Judith a toujours envié les familles « normales » avec des parents vivants encore ensembles, et elle a toujours eu tendance à être exécrable avec tous les gens qui vantaient le bonheur de leurs familles. Au fond, c’est quelque chose qu’elle aurait aimé avoir, elle aussi : une mère qui ne passe pas son temps derrière elle, à la couver, et surtout un père qui lui apprend à se méfier des mecs et qui lui apprend à conduire une voiture. L’absence de son père, et de l’existence d’un père, l’a toujours blessée : c’est un sujet sensible pour Judith. Maintenant qu’elle sait qu’il existe, et qu’elle a une sœur en plus, elle ne sait pas vraiment ce qu’elle est censée faire et se demande si l’image qu’elle se fait de cette famille qu’elle ne connait pas n’est pas trop idéalisée. Elle a très peur d’être déçue et de s’attacher, de tomber de haut.

Jude est obligée de se débrouiller seule maintenant que sa mère est à Alcatraz. Les conflits étant récurrents entre elles deux, sa mère ne lui manque pas tellement d’autant plus qu’elle vient d’apprendre qu’elle lui a menti toute sa vie sur son père. Néanmoins, elle s’inquiète quand même un peu de savoir si elle la reverra un jour – chose qu’elle garde évidemment pour elle, comme la plupart des choses qui pourraient la rendre faible aux yeux des autres. Elle doit bien avouer que son indépendance en a pris un coup : si elle s’en sortait si bien, c’était parce que sa mère était toujours derrière elle notamment avec un soutien financier, se privant de beaucoup de chose pour que Jude puisse réussir ses études. Là, elle s’est rendue compte rapidement qu’elle ignorait pas mal de chose sur la vie, mais se dit que cette expérience ne peut que lui être positive pour lui apprendre à survivre. Si sa mère a réussi à l’élever et s’en sortir malgré toutes les difficultés, Judith ne voit pas pourquoi elle, beaucoup moins naïve et rêveuse, n’y arriverait pas. Elle n’aime pas sa situation mais elle essaie de montrer qu’elle est forte et que tout va bien. Elle reste cependant déboussolée par les récentes révélations et essaie de redonner un sens à son quotidien. Elle donne le change, essayant de sourire le plus possible, de continuer à sortir, mais les personnes les plus proches d’elle ne sont pas dupes.

Physique:
Beaucoup de personnes disent que Judith est le portrait craché de sa mère : des yeux sombres en amande, de longs cheveux bruns, un visage rond et un sourire franc. Cette ressemblance agace Judith, qu’elle met plus sur le compte de ses origines vietnamiennes, en commun avec sa mère. Elle aime néanmoins ce côté exotique qui la démarque des américaines classiques. Elle a l’impression d’avoir quelque chose en plus qui la rend spéciale.

Pas très grande, Judith fait souvent plus jeune que son âge mais elle essaie de compenser en adoptant un style qui peut la vieillir. Il est rare de la voir avec des baskets, préférant les chaussures à talons – elle cherche toujours à gagner quelques centimètres supplémentaires. Elle est aussi plus à l’aise en jupe qu’en pantalon, et n’hésite pas à abuser du maquillage de temps en temps. Elle assume totalement ce côté superficielle : pour obtenir ce qu’elle veut, un look qui plaît est un atout, elle l’a bien compris. Et de toute façon, en se destinant à être avocate, il fallait bien qu’elle s’habitue à un certain style. Elle a toujours été une adepte du shopping, comme la majorité des jeunes filles, mais elle a longtemps été frustrée de ne pas pouvoir s’acheter autant d’habits qu’elle le voulait. Alors, elle compense aujourd’hui, maintenant qu’elle a un travail.

Opinions


Impact de la situation: Judith a toujours été quelqu’un de rationnel : elle déteste la science fiction, et toutes ces choses relevant du surnaturel. Elle a donc tendance à être anti-mutant et elle pense qu’ils ne sont plus humains, qu’il n’y a pas de retour en arrière possible pour eux. Enfin, elle n’est pas du genre à y penser tous les jours ou à se morfondre de la quarantaine. Jusqu’à très récemment, elle se fichait même de toutes ces histoires de mutations parce que ça ne la touchait pas : mis à part quelques connaissances, personne de son entourage n’avait déclaré une mutation. Tant qu’elle arrivait encore à suivre ses cours, à profiter de sa vie étudiante et du reste, elle ne s’inquiétait pas de savoir quand la ville allait retrouver son rythme normal. De toute façon, elle n’avait jamais quitté San Francisco et elle ne comptait pas partir de la ville, pas avec le maigre revenu de sa mère, ni sa bourse qui lui servait essentiellement pour ses études et son loyer. Au final, c’était un peu comme toutes ces maladies graves : tant que ça ne vous touche pas, on pense que l’on est immunisé. Sauf que ça finit toujours par arriver.

La mère de Judith a fini par être contaminée. On aurait pu croire que Judith soit choquée ou désespérée. C’était le cas, jusqu’aux récentes révélations sur le reste de sa famille : son père était encore en vie, et elle avait une grande sœur. Sa mère le lui avait caché pendant vingt-deux ans : comment ne pas lui en vouloir ? Rancunière, Judith laissa sa mère aux Peacekeepers sans grands regrets : elle en aurait plus tard, peut être. Evidemment, sa mère étant à Alcatraz, sa vie en est quelque peu chamboulée. Elle ne se voit pas débarquer chez son père ou sa sœur alors elle essaie de s’en sortir seule. Grâce à une ancienne relation de sa mère, elle put avoir un travail à mi-temps chez le juge Miles Payne. Avec sa bourse et ce salaire, elle arrive tout juste à payer le loyer et les factures. Néanmoins, son opinion sur les mutants reste inchangée : la politique du gouvernement de les enfermer ne la dérange pas le moins du monde et elle se sent mieux loin d’eux.

Soi réel



Pseudonyme:  Charlie
Comment avez-vous connu ce forum:  Par mon Jeffrey à l’époque ♥️
Autre chose ?:  C’est un TC … Non, je n’ai pas honte  tongue


Shut Down soutient la création; cette fiche a été codée par Orange de CSSActif



nothing left to lose. « Well, I've got thick skin and an elastic heart but your blade it might be too sharp I'm like a rubberband until you pull too hard I may snap and I move fast but you won't see me fall apart 'Cause I've got an elastic heart » .unbreakable






Dernière édition par Judith Allen le Ven 3 Avr - 17:10, édité 1 fois
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Judith Allen
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Message Sujet: Re: Judith Allen | Ven 3 Avr - 14:07


Histoire



Min Ahn Allen patientait dans la salle d’attente de son gynécologue. Il y a un mois, elle avait décidé de tout plaquer : sa vie de femme mariée, sa vie de mère. Certains la trouveront égoïste, mais elle ne pouvait plus continuer à attendre un mari absent, à changer de ville constamment. La vie de femme de militaire ne lui convenait pas, elle ne supportait plus de vivre rongée par la peur de voir un inconnu débarquer chez elle, lui annonçant la mort de son mari. Elle se sentait incomprise et la décision de partir avait été pour elle la meilleure des solutions, même si elle se retrouvait avec peu d’économies et vivait chez des amis. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle n’avait pas pris sa fille, Regan, avec elle : elle ne voulait pas qu’elle vive dans la précarité et tant qu’elle n’aurait pas un travail stable et un appartement décent, elle préférait qu’elle reste avec Cameron Allen, son futur ex-mari. Elle avait conscience que la fillette lui en voudrait sûrement, mais elle espérait qu’elle comprenne, lorsqu’elle viendrait la récupérer.

Sauf qu’elle ne s’était pas attendue à se retrouver un mois plus tard dans cette salle d’attente. Pourtant, les trois tests de grossesse qu’elle avait faits avaient été unanimes : elle était bel et bien enceinte. Femme respectable, et même si elle n’était plus aussi bien qu’avant avec son mari, elle ne l’avait jamais trompé. C’était hors de ses principes et elle ne lui aurait jamais fait ça parce qu’elle l’aimait encore. Aussi, elle pouvait affirmer que le futur enfant était le sien. Cette grossesse remettait tout en question : Min Ahn hésitait à revenir auprès de Cameron, pour le bien de cet enfant. L’avortement n’était pas une solution envisageable, n’en ayant pas la force, et elle devrait faire face à de nombreuses difficultés si elle élevait seule ce bébé.

Mais, pour une fois dans sa vie, elle décida de se montrer égoïste : Cameron Allen ne serait jamais au courant de l’existence de l’enfant, elle ne reviendrait pas et son but serait de donner le meilleur avenir possible à sa deuxième fille. Elle aurait une vie meilleure, et peut être qu’un jour, Regan en ferait partie. Dans tous les cas, pour son bien être et sa santé mentale, elle était obligée de se tenir à sa décision de s’éloigner de son futur ex-mari. En entrant dans la salle de consultation, elle fit ce choix là : elle serait une mère célibataire, qu’importent les difficultés. Cet enfant serait sa nouvelle raison de vivre.

***

Judith Allen vint au monde à l’automne. Min Anh avait trouvé un appartement en bénéficiant de quelques aides sociales et avait décidé de rester à San Francisco, dernière ville où son mari avait été affecté. Elle avait travaillé en tant que serveuse dans un restaurant jusqu’à ce que sa grossesse la force à s’arrêter : ce salaire lui permit d’obtenir le nécessaire pour accueillir sa petite fille. Elle eut des nouvelles de son mari par le biais de papiers demandant le divorce. Parce qu’elle avait déserté le foyer sans donner de nouvelles, Min Ahn ne put avoir la garde de sa première fille et elle n’eut pas de pension alimentaire. Elle avait réussi à garder sa grossesse secrète en coupant les ponts avec leurs amis en commun, et ne comptait toujours pas en parler à Cameron : elle ne voulait pas qu’il réclame un test de paternité, ou quoi que ce soit d’autres. Alors, pour le bien de Judith et pour éviter de perdre sa garde à elle aussi, elle raya Cameron de leur vie : elle signa les papiers du divorce sans discussion après la naissance de Judith, bien qu’en ayant l’impression de faire une erreur, encore une fois.


***

« Maman, je le veux. Maintenant. »

La petite Judith, âgée de trois ans seulement, s’assit au milieu du magasin et serra la peluche désirée dans ses bras. Ce n’était pas son premier caprice : elle en faisait à longueur de journée. L’une de ses premières phrases complètes avait été « je le veux » et depuis, elle le répétait à tout bout de champ. Min Ahn trouvait ça mignon au début et parce qu’elle ne voulait pas que sa fille manque de quoi que ce soit, elle cédait. Pourtant, elle ne roulait pas sur l’or : elle cumulait deux travails depuis que sa fille était entrée en maternelle et cela suffisait à peine. Seulement, elle se souvenait sans cesse que cette situation, elle l’avait voulu : c’était elle qui avait décidé de partir, c’était elle qui avait décidé de cacher sa grossesse et d’élever l’enfant toute seule, sans l’aide de son ex-mari, dont elle n’avait plus aucune nouvelle. Cela faisait trois ans qu’elle n’avait pas vu Regan, qui devait être une adolescente maintenant : elle lui envoyait des lettres, dont certaines lui revenaient n’ayant pas d’adresse réelle, mais elle n’avait jamais de réponse pour celles arrivant à destination. Alors, elle avait tendance à rejeter son trop plein d’amour maternel sur la petite Judith, qui finirait par en subir les conséquences. Déjà, Judith avait l’impression d’être le centre du monde et à sa démarche, on voyait que du haut de son jeune âge, elle ne se prenait pas pour n’importe qui. Min Ahn le remarquait à peine : pour elle sa Jude était merveilleuse, en avance sur son âge et son caractère ne ferait que l’aider plus tard. Avec un sourire, elle compta l’argent dans son portefeuille et reposa une crème de soin pour son visage sur une étagère du magasin. Les sacrifices étaient courants et pour sa fille, cela ne la dérangeait pas. C’était une manière de lui prouver son amour, même si d’autres parents diraient qu’elle était juste une mère dépassée.

Judith comprit rapidement : elle se releva, tout sourire, sa peluche toujours dans les bras. Celle-ci rejoindrait sa chambre déjà bien encombrée, et elle l’oublierait d’ici quelques jours. C’était l’attitude de la fille gâtée, mais elle n’en avait pas conscience : elle avait tellement l’habitude que sa mère lui offre de jolies choses, qu’elle finisse par lui dire oui, que c’était tout à fait normal. Elle ne percevait pas la situation difficile dans laquelle elles vivaient, parce que sa mère faisait comme si elles en avaient les moyens, comme si elle vivait encore sur les bases militaires avec Cameron Allen. Judith ne remarquait pas que, parfois, sa mère sautait des repas. Tout ce qu’elle voyait elle, c’était qu’elle disait oui à tout, qu’elle était la chose la plus importante à ses yeux et qu’elle accourait toujours vers elle au moindre souci. Elle avait vite compris que dès qu’elle se mettait à pleurer, sa mère arrivait pour la calmer et qu’elle recevait toujours quelque chose. Alors, quand ses institutrices n’agissaient pas de la même façon, ou quand ses camarades de classe ne la regardaient pas quand elle parlait, elle ne comprenait pas. Ses institutrices avaient souvent déploré ce comportement, mais Min Ahn avait décidé d’ignorer leurs remarques. Elle ne voulait pas être prise pour une mauvaise mère, pour une mère célibataire dépassée alors qu’elle faisait tout pour faire plaisir à sa fille et pour la protéger. Elle refusait d’expliquer à Jude qu’elles n’avaient pas toujours les moyens de tout acheter : ce serait lui expliquer qu’elles étaient pauvres, ce serait lui partager sa tristesse, ses propres problèmes et c’était impensable pour Min Ahn. Il fallait que Judith vive dans un environnement où elle se sent en sécurité, et non pas rempli de problèmes et menacé d’expulsion.

***

Min Ahn avait toujours su que ce jour arriverait. Elle s’était imaginée des tas de scénarios, des tas de possibilités pour être prête à réagir du mieux qu’elle le pouvait. Mais elle avait oublié que sa volonté première était avant tout de préserver sa fille de toutes les horreurs du monde, de toutes les déceptions. C’était devenu une sorte d’obsession : elle ne pouvait pas le faire pour Regan, alors elle s’évertuait à le faire pour Judith.

Elle lui servait son goûter : dans une petite demi-heure, il faudrait qu’elle reparte déjà, pour faire le ménage dans des bureaux. Elle déposerait Judith chez la voisine, qui s’en occupait volontiers gratuitement : c’était une vieille dame en manque de compagnie qui prenait Jude pour sa petite fille – autant dire que ça n’arrangeait pas le développement de l’égo déjà assez important de la fillette. Un peu pressée, finissant une pile de repassage, Judith prit sa mère de court quand elle lui posa une question. LA question.

« Maman, pourquoi j’ai pas de papa comme tout le monde ? Il est où mon papa ? »

Cette question était tout à fait innocente, dans la lignée de tous les « pourquoi » des enfants de l’âge de Judith. Sauf que la gamine avait bien remarqué que quelque chose clochait : elle n’avait jamais eu de père pour l’emmener à l’école ou lui donner à manger. Il y avait toujours eu qu’elle, et sa mère. Alors quand à l’école, elle voyait ses camarades de classe vanter les talents de leurs pères ou parler de tous les jeux qu’ils faisaient ensembles, elle ne pouvait pas s’empêcher de se poser des questions, et encore plus quand elle ne savait pas quoi répondre aux enfants qui lui demandaient exactement la même chose.

Min Ahn arrêta son repassage et même si elle s’était préparée à la situation, elle n’avait pas décidé quel mensonge elle servirait à sa fille pour la protéger. Elle prit alors une chaise et regarda un moment Judith qui était de plus en plus perplexe. Pourquoi sa question semblait-elle perturber sa mère à ce point ?

« Judith, ma puce, ton papa … n’est plus là. »

La fillette fronça les sourcils : c’était des notions qu’elle ne saisissait pas encore très bien, à quatre ans. Min Ahn en avait conscience, et n’était pas sûre que prétendre que son père était mort était la meilleure des solutions : mais peut être qu’au moins, elle n’en parlerait plus. Peut être que plus tard, quand elle serait adolescente, ou adulte, elle ne chercherait pas à le retrouver. Elle ne savait pas ce que la nouvelle provoquerait chez son mari : apprendre qu’il avait une seconde fille serait sûrement difficile à croire, mais tous les tests médicaux du monde lui prouveraient qu’il s’agissait bien de son sang. Min Ahn ne voulait pas que sa fille se sente rejetée et que ce rejet ait des conséquences néfastes pour sa fille. Elle voulait la protéger de son vrai père, quitte à lui mentir toute sa vie.

« Ton papa est parti au ciel avant ta naissance. Mais ne t’inquiète pas, je serais toujours là pour toi et tu verras que tu deviendras quelqu’un d’exceptionnel, même sans ton papa. Et il faut que tu deviennes quelqu’un d’exceptionnel pour ton papa, pour qu’il soit fier de toi là où il est. »

De là, Min Ahn lui réexpliqua le concept de la mort en édulcorant un maximum tous les détails pour qu’elle en ait une vision plus positive. Elle dû se dépêcher, pour ne pas être en retard à son travail mais cela suffit à Judith, qui comprit enfin pourquoi elle n’avait pas de papa. Quand elle raconta son histoire à l’école, tout le monde en fut désolé : un garçon lui donna même son goûter pour la réconforter. Certains lui disaient qu’ils lui prêteraient leurs papas à eux quand elle en aurait besoin. Des discours d’enfants.

Mais Judith avait tout de même du mal à accepter qu’il manquerait toujours quelque chose dans sa vie pour avoir une famille normale. A quatre ans, elle trouvait juste ça bizarre. Plus tard, ce serait une faiblesse.

***

Judith entra en trombe dans le café où sa mère travaillait en agitant fièrement son dernier bulletin note, sans se préoccuper du dérangement causé. De toute façon, tout le monde la trouvait mignonne, même le barman et patron de sa mère qui lui offrait souvent un chocolat chaud quand elle rentrait de l’école. Elle avait huit ans et n’hésitait pas à dire ce qu’elle pensait : elle avait déjà remarqué qu’entre le barman, Travis, et sa mère, il y avait quelque chose. Elle ne cessait de le répéter, au point où sa mère dû lui expliquer le pourquoi du comment, et qu’elle n’était pas obligée de le répéter à tout bout de champ. Cela faisait peut être trois mois qu’ils avaient mis les choses au clair, et qu’ils avaient ainsi officialisé leur relation.

Min Ahn travaillait dans ce café depuis quatre ans déjà. Au début, Travis était devenu un ami. Un très bon ami, qui aidait la petite famille dès qu’il le pouvait : il gardait volontiers Judith quand Min Ahn partait à son deuxième travail. Il était devenu un peu un père de substitution pour Jude, qui le considérait ainsi : en quatre ans, c’était le seul repère masculin qu’elle avait eu. Il venait la chercher à l’école, il l’aidait à faire ses devoirs, était présent à ses anniversaires, lui offrait des tas de choses, comme sa mère, et ne cessait de lui répéter qu’avec son caractère elle irait loin dans la vie. En outre, il se comportait exactement comme Min Ahn, calquant ses habitudes avec sa fille. En fait, il avait été attendri par leur histoire : il connaissait la vérité, et savait que Judith aurait pu vivre dans de meilleures conditions. Mais il admirait Min Ahn d’en avoir décidé autrement, de tout sacrifier pour la petite, de s’en sortir tant bien que mal et pour supporter l’absence de sa première fille sans en parler ouvertement. Et à force d’être présent, tous deux s’étaient rapprochés naturellement.

« Mon chocolat ! »
« Qu’est ce qu’on dit d’abord, petite chipie ? » répondit Travis, l’air totalement niais.
« Eh, je l’ai mérité d’abord, t’as pas vu mon bulletin ? »

Judith brandit son carnet de note, et Travis s’extasia dessus : il n’y avait pratiquement que des « A ».

« Bon, d’accord, ça passe pour cette fois. Mais n’oublie pas ce qu’il faut dire normalement quand on demande quelque chose ! »

Et il s’exécuta, sans attendre de mots polis de la part de la petite fille, déjà partie s’installer à une table, sa table en l’occurrence. Le problème, c’était que c’était toujours comme ça : que ce soit Min Ahn ou Travis, tous lui passait ce genre d’impolitesse. Alors qu’on apprend à des enfants à dire s’il vous plait et merci, on accordait à Judith beaucoup de choses sous prétexte que sa mère ne pouvait pas tout lui offrir et qu’elle ne vivait pas toujours dans de bonnes conditions. Et Jude l’avait bien compris désormais : elle en profitait bien.

Min Ahn déposa une commande à un client et finit par s’installer en face de sa fille, la félicitant pour son bulletin. Judith, fière, lui expliqua qu’elle était presque la première de la classe et lui raconta en détails sa journée de classe, sans laisser sa mère commenter : c’était une habitude aussi, comme celle de s’extasier sur tous les mots un peu compliqué que sa fille utilisait. Judith aimait parler, sans qu’on l’interrompe. Quand elle racontait une histoire, il fallait l’écouter jusqu’au bout. A plusieurs reprises, Min Ahn essaya de se lever pour prendre la commande d’un nouveau client mais Judith lui adressa un regard menaçant de larmes et de reproches, comme si elle se sentait soudainement délaissée. Elle n’avait pas conscience que sa mère était à son travail, et qu’elle n’avait pas forcément du temps à lui accorder. Travis finit par intervenir, en apportant le chocolat de Judith. Min Ahn put alors s’éclipser et Judith finit par s’occuper toute seule dans son coin.

La fin du service arriva : Judith aimait bien l’ambiance chaleureuse du café. Elle le préférait à l’appartement plutôt froid dans lequel elles habitaient. Elle terminait ses devoirs, comme à son habitude, quand Travis et Min Ahn, s’approchèrent d’elle après avoir fermé le café. Ils s’assirent en face et attendirent sagement que Judith pose son stylo. Elle les regarda, l’un après l’autre : ils avaient quelque chose à lui dire, c’était certain. Sa mère était un peu gênée, et Travis semblait ne pas savoir par quoi commencer. Elle avait fini par s’habituer à leurs regards complices : au fond, cela ne la dérangeait pas, elle avait l’impression d’avoir de vrais parents.

« Ma Chérie » finit par dire sa mère « Nous avons quelque chose à te proposer. »
« Tu auras le droit de dire non, ne t’inquiète pas. On ne te forcera pas. »

Bien sûr qu’elle avait le droit de dire non si ça ne lui plaisait pas : il manquait plus que ce soit le contraire ! Judith cacha son air offusqué, et prit des airs sérieux qui, à coup sûr, les attendriraient encore plus.

« Que dirais-tu si nous habitions avec Travis, dans son appartement au dessus du café ? Tu aurais ta propre chambre, et tu n’aurais plus besoin de passer du temps ici, l’appartement serait ta nouvelle maison. »

Judith n’avait aucun mal à comprendre ce qu’il se passait. Elle savait ce que cela signifiait : sa mère, Travis et elle sous le même toit. Comme une vraie famille. Mais ils avaient dit qu’elle pouvait refuser : ne s’attendaient-il pas à ce qu’elle le fasse alors ? Ne pouvait-elle pas demander quelque chose en échange ? C’était l’occasion ou jamais, après tout.

« On pourra avoir un chien ? » finit par dire Judith, les yeux remplis d’étoiles.

Min Ahn et Travis se regardèrent et en rirent bêtement. Ils ne savaient pas dire si Judith était d’accord pour emménager chez lui, ou si c’était une manière détournée pour faire du chantage : si elle avait un chien, cela voulait dire qu’elle ne verrait aucun inconvénient.

Evidemment que Jude était d’accord. Mais elle ne voulait pas l’avouer ouvertement, parce que ce serait bien la première fois qu’elle dirait oui tout de suite à quelque chose qu’on aimerait lui imposer. Mais cette décision l’enchantait : elle aurait enfin un papa et une maman. Quand, en arts plastiques, les élèves feraient quelque chose pour la fête des pères, elle pourrait enfin offrir son œuvre d’art à quelqu’un. Elle n’aurait plus à envier tous ces enfants à la sortie de l’école, heureux de retrouver leur foyer parfait. A son tour d’avoir sa famille parfaite. En plus, Travis était le père idéal pour elle : il faisait tout ce qu’elle voulait et la choyait de la même façon que sa mère. Elle était importante pour lui, ou du moins elle avait le sentiment de l’être, et c’était l’essentiel.

La semaine suivante, Min Ahn et Judith emménagèrent en haut du café et Travis les accueillit avec une petite chienne cavalier King Charles, pour le plus grand bonheur de Judith.

***

Les années passaient et tout allait pour le mieux. Du moins, c’était ce que pensait Judith. Toujours au centre de l’attention, ou presque, elle avait de bons résultats scolaires et le collège lui réussissait. Bon, elle n’avait pas beaucoup d’amis : elle avait tendance à vouloir être meilleure que tout le monde, et même si elle n’était pas connue pour son tempérament d’intello, elle avait tendance à rabaisser un peu les élèves. Mais cela ne la dérangeait pas :  elle tenait au proverbe « Mieux vaut être seul que mal accompagné. »

A l’inverse, le couple que formaient Min Ahn et Travis battait de l’aile. Même si Travis aimait beaucoup Judith, il avait l’impression que Min Ahn le délaissait au profit de sa fille, un peu trop envahissante. Lui voulait un enfant, Min Ahn non de peur que Jude se sente à l’écart. Les conflits s’accumulaient, petit à petit, mais Jude ne le voyait pas. Déjà, parce que sa mère voulait l’en protéger : elle ne voulait pas qu’elle s’en veuille pour quoi que ce soit. Et puis, il fallait dire que la jeune adolescente ne se préoccupait pas trop des autres. Min Ahn le regrettait, parce qu’elle savait que c’était de sa faute : à force qu’elle la pousse à devenir quelqu’un de bien, Judith avait interprété ça autrement, développant un caractère assez égoïste. C’était bien la dernière à passer ses notes en cours, ou à aider un ami sur un devoir. Elle n’avait jamais réussi à s’occuper réellement du chien qu’on lui avait offert cinq ans plus tôt, nommée Kaysa. Elle l’aimait beaucoup, elle s’y était attachée, mais pour le reste, c’était différent : elle avait tendance à oublier qu’elle était là, bien trop souvent.

Judith avait treize ans. Elle rentra dans le café, comme à son habitude, sauf que la porte était fermée. Par la fenêtre, elle voyait les chaises sur les tables et il n’y avait aucun client, alors que c’était loin d’être l’heure de la fermeture. Elle ne s’en préoccupa pas plus que ça, devinant une surprise qui l’attendait peut être en haut – un départ en vacances ? – et monta directement à l’appartement par l’extérieur. Sauf qu’il n’était pas question de vacances, ni de surprise pour elle.

Sa mère était occupée à faire des cartons. Elle avait les yeux gonflés et semblait perdue : pour la première fois, Judith la voyait sans son masque de femme forte et elle trouvait ça choquant. Elle n’avait jamais vu sa mère triste – ou avait toujours évité de le voir. Là, elle ne pouvait pas faire autrement que de le remarquer.

« Il se passe quoi ici ? »

Min Ahn releva la tête vers sa fille, et essaya de sourire. Mais ça sonnait faux.

« Viens m’aider s’il te plait. »
« Il est où Travis ? »

Pour toute réponse, elle baissa les yeux et se remit à emballer des bibelots et à les mettre dans des cartons.

« Prends un carton et range tes affaires, s’il te plaît. »
« Pas tant que tu me dis pas ce qu’il se passe ! »

Min Ahn n’était pas d’humeur à se battre avec sa fille, qui exigeait une réponse. Travis avait fini par lâcher l’affaire : il voulait vraiment un enfant, et il savait qu’il n’en aurait pas avec Min Ahn. Il lui avait trouvé un autre travail, un autre appartement dans lequel déménager. Elle le savait : il l’avait prévenu et parce qu’il avait toujours tenu à elle, il avait voulu qu’elle ait de quoi refaire sa vie plus facilement. Ils avaient préparé ça ces dernières semaines et Min Ahn avait refusé qu’ils en parlent à Judith, pour la protéger, encore et toujours. Elle savait qu’elle tenait à Travis, qu’elle le considérait comme un père et que savoir que c’était fini, ça lui briserait le cœur. C’était inévitable, mais elle avait voulu reculer l’échéance le plus possible. Elle demandait toujours à Judith de s’occuper d’elle avant de s’occuper des affaires des autres, dont les siennes. L’adolescente s’exécutait sans lui poser de question : manque de curiosité ou autre, c’était pas son truc de venir se mêler des affaires d’autrui, donc ça l’arrangeait. Elle avait bien assez de s’occuper de sa vie à elle.

Travis était parti dans sa famille, le temps que les filles déménagent. Il avait laissé une lettre à Judith, expliquant qu’elle serait toujours importante pour lui mais que se voir serait compliqué. Tout ça, l’adolescente l’apprit après. Elle refusa de faire ses cartons tout de suite. Elle ne comprenait pas pourquoi sa mère refusait de lui dire ce qu’il se passait. Elle restait assise sur son lit, jusqu’à ce qu’elle finisse par arriver, cartons en main.

« Ma Chérie, nous partons » commença alors Min Ahn « Travis et moi, nous nous entendons plus. Ce n’est pas de ta faute, c’est la mienne. Ne lui en veux pas, ne t’en veux pas. »

De là, Judith eut l’impression que son monde s’effondrait. Elle n’avait pas le droit de lui faire ça, de briser sa famille parfaite, qu’elle ne cessait d’exposer au collège. Elle ne cessait de dire qu’ils avaient l’un des meilleurs cafés de la ville, qu’elle en serait la gérante plus tard, que ses parents ne se sépareraient pas. Pour qui elle allait passer ! Et surtout, qu’est ce qu’elles allaient devenir ? Elle avait de vague souvenirs d’avant Travis : l’appartement froid, le chantage pour que sa mère lui achète un jouet que tous ses camarades avaient déjà. Ok, elle finissait toujours par avoir ce qu’elle voulait. Mais c’était beaucoup plus facile quand Travis avait été là.

Les semaines suivantes furent difficiles. Travis avait fermé son café définitivement, au final, et avait fini par déménager car rester près de Min Ahn était trop compliqué pour continuer à avancer. Leur nouvel appartement était beaucoup plus petit : Judith avait sa chambre, Min Ahn dormait dans le salon. Elle lui en voulait toujours pour avoir détruit tout son monde. Elle était terriblement déçue de Travis, qu’elle finit par détester même s’il lui manquait. Elle s’était promis de ne plus jamais se faire d’espoir sur le futur de sa famille et sur son rêve d’avoir un père à nouveau : son vrai père était mort et elle n’en n’aurait pas d’autres.

Min Ahn essayait de faire ce qu’elle pouvait pour faire face. Mais l’attitude de sa fille n’arrangeait rien : elle avait tellement peur de la perdre qu’elle redoublait d’effort pour lui faire plaisir. Sauf qu’elle voulait qu’elle comprenne qu’elle n’aurait plus le même rythme de vie, qu’elle ne pouvait plus avoir de nouveaux habits tous les mois – l’adolescente aimait le shopping -, et qu’elle était obligée de laisser Kaysa, la chienne, à Travis parce qu’elles ne pourraient pas assumer un animal.

Judith mit un moment à accepter tous ces changements. Elle parlait peu à sa mère, sauf quand il s’agissait de lui demander un truc. La séparation l’avait changée également : elle devint un peu plus distante, rejetant de plus en plus l’amour de sa mère. Elle supportait de moins en moins son côté protecteur et sa naïveté vis-à-vis de ce qu’elle était vraiment. Elle finit par comprendre que si elle voulait quelque chose, elle devrait se débrouiller seule pour l’avoir parce que sa mère n’avait plus les moyens de lui offrir. Elle n’était plus l’enfant de trois ans réclamant une peluche et quelque part, elle voulait se débrouiller seule pour prouver de quoi elle était capable, ne plus dépendre de quelqu’un qui l’avait déçu.

Un soir, elle réclama un peu d’argent à sa mère pour s’acheter une nouvelle paire de chaussures. Sa mère lui expliqua qu’elle ne pouvait pas, une dispute éclata, finissant par des excuses de sa mère qui s’en voulait de ne plus rien pouvoir lui acheter à sa demande. Une semaine plus tard, Judith revint un soir avec des sacs entier de fringues qu’elle avait acheté après avoir donné des cours payants à des jeunes du collège – comme quoi, ça servait d’avoir de bonnes notes. Sa mère crut un instant qu’elle avait tout volé, et ce fut le début d’un nouveau conflit.

***

« M’man, on y va ! »

Judith sortit de sa chambre d’un pas vif, suivit par son petit-ami. Enfin, c’était plus un type avec lequel elle traînait et passait du bon temps. Elle venait d’avoir dix-sept ans et avait depuis longtemps oublié l’épisode Travis, en apparence. Elle avait grandi, s’affirmant toujours de plus en plus : elle n’était plus la petite fille adorable, qui pleurait quand elle n’avait pas ce qu’elle voulait. C’était presque une jeune femme, qui ne cessait de faire tout le contraire de ce que sa mère espérait d’elle, juste par esprit de contradiction. Elle n’hésitait pas à exploiter des folies vestimentaires, ou capillaires, pour la provoquer. Le couvre-feu qu’elle essayait d’imposer était l’une des dernières choses qu’elle respectait. Les conflits n’arrêtaient pas et finissaient souvent en excuses de la part de sa mère, alors que Judith s’enfermait dans sa chambre.

« Attends ! »

Jude ignora totalement l’homme qui était dans le salon : une nouvelle conquête de sa mère. Ils n’étaient pas nombreux, mais elle refusait de leur prêter une minute de son attention. Ce ne serait que passager, il ne passerait pas toute sa vie ici, avec elle et sa mère. Elle s’arrêta néanmoins, non sans marquer son impatience. Min Ahn la dévisagea quand elle remarqua ses vêtements : une mini jupe, un débardeur bien moulant et des talons un peu trop hauts pour elle. Elle la prit dans ses bras, ce qui prit Jude de court.

« Sois prudente, s’il te plait. »
« Je vais juste à un concert, Maman. »

Jude poussa un soupir exaspéré. Ok, elle allait à l’autre bout de la ville. Mais ce n’était pas comme si elle était toute seule : Jordan était avec elle, et il ne la laisserait pas tomber. Pas après tous ces efforts pour qu’elle accepte de lui accorder son attention, au lycée. Au final, c’était un brave type, qu’elle appréciait : il avait de la conversation, et ne faisait pas parti de ces mecs idiots qui ne pensaient qu’à coucher. Ses plans à longs termes la dérangeaient un peu plus, mais elle ne se gênait pas pour le lui faire remarquer. Il avait dans l’idée qu’ils iraient ensembles à la fac, et tout le blabla qui allait autour. Judith était là pour profiter du moment présent : elle pensait à peine à la fac.

« N’hésites pas à nous appeler si tu as un problème, Carter a une voiture et … »
« Ouais, ouais. On va être en retard, bye. »

Judith s’en alla, pressant Jordan devant elle. Chaque fois qu’elle sortait quelque part, sa mère se faisait un sang d’encre. Elle ne comprenait pas cette obsession de vouloir la préserver à tout prix. Pour le concert, Jude avait dû se battre pendant des semaines. Pourtant, elle ne lui avait pas demandé de lui acheter des places, c’était un cadeau de Jordan. Il avait fallu qu’elle lui dise qu’il y aurait l’oncle de son copain avec – mensonge – et qu’elle serait rentrée avant minuit – encore un mensonge. Elle avait peu de reconnaissance envers sa mère, c’était vrai : mais pour elle, tout ce qu’elle avait toujours fait, c’était normal. Min Ahn le lui avait toujours prouvé en se pliant à ses quatre volontés, en lui répétant qu’elle avait un avenir prometteur, qu’elle ferait toujours tout pour l’aider, qu’elle serait toujours là pour elle. Elle n’avait pas peur de la perdre : elle n’avait déjà pas de père, pourquoi la priverait-on d’une mère ?

« Tu devrais quand même lui dire merci pour tout ce qu’elle fait pour toi, Jude. »

Ils descendaient les escaliers et elle s’arrêta net. Jordan délirait ou quoi ? Elle haussa simplement les épaules.

« C’est une mère poule, c’est dans ces gênes, je lui ai rien demandé moi. »

Et ils continuèrent leur route.

***

« Elle est minuscule, cette chambre. »

Judith entra dans la pièce et se jeta directement sur son nouveau lit, sa mère la suivant de près. Elle avait fini le lycée, et voilà qu’elle commençait sa vie d’étudiante. Comme toute première année, elle était tenue de s’installer sur le campus, partageant donc une chambre avec une autre étudiante.

« Tu t’y feras, va. » Min Ahn s’installa à côté d’elle, et la prit dans ses bras « Oh ma puce, tu vas tellement me manquer ! »

Jude se défit de son étreinte, un brin exaspérée par ses élans d’affections.

« Maman, ça va ! J’suis encore à San Francisco, pas à l’autre bout du monde. »

Min Ahn avait bien dû mal à se faire à l’idée que sa petite fille, qu’elle avait tant protégée dans leur appartement, finisse par habiter presque seule, loin d’elle. C’était quelque chose de difficile à assumer, mais elle ne pouvait qu’être fière de Judith : elle avait obtenu une bourse et avait choisi de faire des études de droit. Elle avait toujours pris ses causes à cœur et elle savait qu’elle avait toutes les qualités requises pour devenir une puissante avocate, ou une personnalité juridique importante. Judith avait choisi la filière au hasard et non pas pour faire plaisir à sa mère qui voulait quelque chose de prestigieux pour sa fille : elle avait longtemps étudié la chose et c’était peut être là-dedans qu’elle réussirait le mieux. Et au vu de la popularité de la filière, la compétition devait être rude : elle adorait déjà ça. Elle serait Judith, une redoutable étudiante, revenue de loin, avec peu de moyens et peu de chance dans la vie. Et elle comptait bien profiter d’avoir enfin son propre espace pour s’émanciper de sa mère, de plus en plus envahissante.

***


La vie étudiante fut un souffle nouveau pour Judith, qui réussit même à apaiser ses relations avec sa mère. Elle supportait volontiers son côté protecteur parce qu’elle pouvait toujours en profiter quand elle en avait besoin. Elle arrivait à s’épanouir à la fac, à sa manière : elle avait toujours aussi peu d’amis car ses remarques blessantes n’étaient pas au goût de tous, que son côté mauvaise perdante en agaçait plus d’un et qu’elle restait quelqu’un de profondément égoïste. Pour elle, c’était tout à fait normal de penser à sa carrière, à son avenir : pour les autres, c’était de l’excès. Elle eut quelques relations, mais rien de bien sérieux : elle refusait de croire qu’elle rencontrerait le grand amour un jour et ne voulait surtout pas faire comme sa mère, penser que chaque nouvel homme un peu attentionné vers elle était l’homme de sa vie. Le dernier en date, un juge, exaspérait Judith, mais elle l’avait mis dans sa poche, espérant qu’un jour il lui serait utile : sait-on jamais. Sa mère, elle, voyait ça comme un effort que sa fille faisait pour elle : depuis Travis, c’était bien le seul de ses amants à qui elle prêtait de l’attention. Elle n’imaginait pas du tout que l’attitude de sa fille était juste intéressée : elle pensait naïvement que sa fille avait pris en maturité.

Judith ne travaillait pas à côté de ses études : sa bourse et l’argent de sa mère lui suffisait pour pouvoir profiter autant qu’elle le voulait. Elle n’était pas exigeante de toute façon : tant qu’elle arrivait à payer ses livres, son loyer et à pouvoir s’acheter quelques fringues de temps en temps, ça lui allait. Elle avait l’impression que rien ne pouvait l’atteindre : elle ne s’attachait plus aux gens, elle ne pensait qu’à sa réussite et arrivait à profiter un maximum de sa jeunesse. Alors oui, sa vie n’avait pas été parfaite : son père était mort, elle avait toujours rêvé d’une famille parfaite, d’une mère moins protectrice et de plus de moyens. Mais elle considérait qu’elle n’était pas à plaindre non plus. Sa vie lui convenait, et c’était le plus important.

***

Quand San Francisco fut mis en quarantaine, provoquant de multiples débats, de discussions inquiétantes et une vague de panique, Judith s’en ficha royalement. Elle était encore en vie, sa mère aussi, c’était le plus important, non ? Ses études continuaient, le gouvernement se chargeait de tout. Elle n’était et ne se sentait absolument pas concernée par la situation.

Le premier jour d’ailleurs, Judith squattait l’appartement d’une de ses amies, qui servait de repère pour sa bande, quand trois personnes débarquèrent et allumèrent la télé, la poussant d’un côté du canapé.

« Wahou, Jude, il faut que tu regardes ça ! »
« Eh doucement ! »

Avec son petit gabarit, les gens n’avaient pas conscience de leur force : elle vola presque hors de sa place. Elle détestait ce genre d’agitation pour un truc sûrement assez inutile.

« Faites moi un résumé. »
« Non mais regardes ça, les images passent en boucle ! »

Sur l’écran de télévision, on pouvait voir un nuage de fumée orange et diverses informations qui n’intéressaient pas Jude, puisqu’on lui fournit rapidement une explication.

« Y’a eu une explosion, on soupçonne une attaque terroriste !  »

Bon, c’était peut être plus si inutile que ça. Judith se leva, alors que tout le monde apportait sa propre hypothèque : des terroristes, un accident, un coup de pub … Elle alla chercher son sac et, ô grande surprise, elle était inondée de message de sa mère. Elle voulait savoir où elle était, si elle allait bien, etc. Jude lui envoya un rapide message : c’était prévisible. Dès qu’il se passait quelque chose, sa mère l’appelait. Là, comme elle ne répondait pas, elle avait dû s’inquiéter, comme à chaque fois. Enfin, ne supportant plus l’effervescence de l’appartement, elle s’en alla et se rendit à l’appartement de sa mère qui était, elle aussi, scotchée devant sa télé. En la voyant, Min Ahn accourut vers elle et l’inspecta pour savoir si elle allait réellement bien.

Jude avait pensé que sa mère serait au-dessus de tout ça, mais non. Elle finit par s’exiler dans son ancienne chambre, pour pouvoir y étudier tranquillement. Dans la soirée, Judith se décida à refaire son apparition et en entrant dans le salon, elle put entendre le message du gouvernement : mise en quarantaine, mutations, isolement, arrestation.

« Non mais quel monde de taré. Et les gens croient vraiment à tout ça ! » s’exclama-t-elle, en s’affalant sur le canapé.

Sa mère la prit dans ses bras : elle semblait inquiète. Pourquoi devait-elle croire à de simples discours ? Ils n’avaient pas de preuve de tout cela et de toute façon, elles n’avaient jamais quitté la ville, pourquoi vouloir le faire maintenant ? Sa mère n’en avait même pas les moyens. Judith avait toujours été septique avec les images que l’on montrait à la télévision. Et alors qu’elle allait essayer de rassurer sa mère, exaspérée par son attitude naïve, des images de diverses mutations passèrent à la télé : difficile de faire autrement qu’y croire, tout compte fait.

Seulement, Judith ne se sentait pas concernée : elle était loin de la zone de l’explosion. Pourquoi serait-elle contaminée ?


***

L’hiver arriva, et la quarantaine était toujours d’actualité, sans que Judith ne s’en focalise plus que ça. Elle suivait toujours ses cours et elle détestait quand les gens partaient dans des grands débats sur les mutations. Pour elle, c’était plutôt clair : emprisonner les infectés était une bonne chose, il fallait stopper la maladie avant qu’il ne soit trop tard. Elle avait du mal avec l’idée des mutations, du surnaturel, aussi préférait-elle y penser le moins possible. Tant qu’elle n’était pas atteinte, tout allait bien pour elle.

Et puis, ce qui devait arriver arriva.

Une fois par semaine, Judith rentrait chez elle et sa mère lui préparait des plats pour qu’elle les emmène dans son appartement qu’elle partageait avec plusieurs colocataires. Ca l’arrangeait : elle n’était pas douée en cuisine, et elle pouvait faire des économies en évitant de commander ses repas. Du coup, elle passait une partie de la soirée avec sa mère. En général, c’était plutôt tranquille : Judith était dans le salon, révisant la plupart du temps pour éviter d’avoir une grande conversation avec sa mère qui était dans la cuisine. Ce soir là, Jude n’avait pas changé ses habitudes : elle était dans le canapé, un livre à la main. A peine concentrée, elle sursauta lorsqu’elle entendit sa mère crier et sortir de la cuisine, totalement paniquée. A sa suite, une multitude d’objets flottaient autour d’elle. Judith resta un moment interdite, ne sachant pas comment réagir. Il n’y avait pas trente six mille solutions. Une seule possible : sa mère était … Une mutante ?

Elle cria à son tour. Sa mère cria de plus belle. Elle essayait de reposer les objets à terre, en vain. La fenêtre de leur appartement était grande ouverte, et l’immeuble d’en face avait une vue plongeante sur leur salon. Judith ne saura jamais si on les avait dénoncés, ou une équipe de nuit en pleine ronde les avait aperçus en pleine rue.

Un quart d’heure plus tard, un groupe de Peacekeepers rentra dans l’appartement et terrorisa Min Ahn encore plus. On éloigna Jude, qui essayait de se débattre quand même : on ne pouvait pas la traiter comme ça, comme un vulgaire chiffon ! On ne pouvait pas embarquer sa mère comme ça non plus.

Mais elle savait ce que la présence des Peacekeepers voulait dire : on allait lui prendre sa mère et elle ne la reverrait pas. Une amie avait perdu son fiancé, comme ça. Elle n’avait plus aucune nouvelle.

Elle n’avait pas de père.

Elle n’aurait plus de mère.

Plus de repères.

Elle ne pouvait pas l’accepter. Elle était égoïste, c’était vrai. Elle n’avait jamais remercié sa mère pour les sacrifices qu’elle avait fait parce qu’elle n’avait pas conscience de tout : sa mère lui avait caché bien des choses. Tout ce qu’elle voyait, c’était la surprotection, c’est tout. Mais elle refusait de perdre sa seule famille. Judith se débattait encore, alors qu’on emmenait sa mère.

« Il faut que je lui dise quelque chose, s’il vous plait, je vous en supplie, il faut qu’elle sache ! »

Jude s’arrêta : elle ne connaissait pas ce ton de la voix de sa mère, si suppliant, si désespéré. Les deux agents qui tenaient Min Ahn adressèrent un signe de tête à un de ses collègues qui ramena Judith vers eux. Sa mère tenait à peine debout, sûrement un effet de leur Neo Serum, mais elle semblait encore lucide. Sur un ton grave, elle avoua son secret le plus grave.

« Jude, ma puce. Je t’aime, si tu savais… »

Un Peacekeeper se racla la gorge, signe qu’il fallait abréger.

« Je t’ai menti. Ton père est encore en vie. Je ne sais pas où il est mais, tu as une sœur. Une grande sœur. Tu … Tu ne seras pas toute seule. Regarde au fond de mon armoire, tu comprendras, tu … »

Judith ne le croyait pas et ses yeux se remplirent de larmes : sa mère délirait, ou racontait-elle la vérité ? Elle ne pouvait pas lui mentir sur ça, alors qu’elle avait toujours rêvé d’un père. Elle avait toujours cru que son père était mort, elle avait toujours cherché à trouver quelqu’un pour le remplacer, jusqu’à la séparation douloureuse avec Travis, jusqu’à ce que cela devienne un réel manque, une faiblesse. Sa mère qui avait toujours voulu la protéger venait de casser toute la confiance qu’elle lui portait. Le regard de Judith devint froid, glacial. Jamais elle n’avait regardé sa mère comme ça.

« Je te hais. »

Min Ahn éclata en sanglot, et une nouvelle vague d’objets volèrent. Craignant une catastrophe, et bien que perturbé par la situation, les Peacekeeper l’éloignèrent. Judith se laissa tomber à terre, et un des agents l’aida à se relever.

« Il va falloir qu’on vous emmène aussi, pure précaution. »

Judith n’en avait rien à faire : elle se laissa guider, détestant l’élan de pitié qu’elle lisait dans le visage de cet homme. Elle passa la soirée au commissariat, avant d’être emmené chez un médecin qui confirma que c’était bien sa mère atteinte d’une mutation, et non elle.

Pour la deuxième fois de sa vie, Jude avait l’impression qu’elle n’arriverait pas à se relever. Et ce n’était pas parce que sa mère était une mutante, enfermée à Alcatraz. Non, ça, c’était le dernier de ces soucis après ce qu’elle lui avait caché. La trahison était trop grande et Jude trop rancunière. Elle avait un vrai père quelque part, et une sœur, mais elle ne savait pas du tout si elle était prête à les rechercher.

***

Judith sortait d’un cours magistral. Cela faisait deux semaines que sa mère était devenue une mutante, deux semaines qu’elle devait subir la compassion et la pitié d’un peu tout l’amphi. Tout le monde connaissait l’histoire de la pauvre Judith qui n’avait plus sa mère pour l’aider, qui finirait sûrement par abandonner ses études pour devenir serveuse. Les plus médisants s’en réjouissaient cependant, parce que Jude n’avait jamais été agréable avec eux. Et elle préférait ça à de la pitié, de toute façon.

Elle était retournée à l’appartement de sa mère, pour vérifier ce qu’elle lui avait avoué ce soir là. Dans l’armoire de sa mère – une vieille commode dans le couloir d’entrée -, elle avait trouvé diverses photos de famille que Jude n’avait jamais vues : au dos, des légendes avec des noms et des dates. Cameron Allen, son père. Regan Allen, sa sœur. Elle avait bien dû mal à le croire, mais elle tomba sur des lettres retournées au nom de Regan, sur les papiers du divorce. Elle apprit que sa mère avait fui le foyer et elle lui en voulu encore plus : elles auraient pu avoir une vie bien plus facile, sans devoir compter chaque centimes, sans devoir s’imaginer qu’une personne pouvait être son père et être déçue après. Elle trouva également une lettre à son nom : sa mère lui expliquait ses choix, ses raisons, son mal être en tant que femme de soldat. Jude brûla la lettre directement, de rage. Elle ne lui pardonnerait pas facilement, oh non.

« Judith ! »

Une voix familière l’interpella alors qu’elle quittait l’amphithéâtre. Quand elle se retourna, elle eut la surprise de voir Miles Payne, le fameux juge qui s’était épris de sa mère. Judith n’avait jamais compris leur relation et elle s’était dit que sa mère ne cherchait plus quelque chose de stable, ayant perdu cet espoir.

« J’ai appris pour ta mère. Si je peux faire quelque chose … »
« Je m’en sors, mais merci. » répondit-elle en haussant les épaules.

Elle ne comprenait pas vraiment ce qu’il faisait là : encore un secret de sa mère ? Il manquerait plus que ça. Elle ne l’avait jamais aimé ce juge, mais elle donnait le change au cas où elle aurait besoin d’un peu de piston pour devenir avocate. Aussi, elle lui adressa un sourire, prête à prendre congé.

« Je suis venu te proposer un travail. On manque d’effectif, et j’ai besoin d’une assistante au bureau. A mi-temps, évidemment, il faut que tu continues tes études. »

Judith n’avait pas envie de travailler, mais il fallait bien avouer qu’elle aurait dû mal à payer son loyer si elle n’avait plus un complément de bourses avec l’argent que lui donnait sa mère. C’était très peu, mais elle arrivait à s’en sortir avec ça et tout ce que sa mère lui fournissait à côté. Miles l’invita à prendre un café, et il lui expliqua en quoi consistait le poste, ce qu’elle devrait faire, comment ils allaient s’organiser. Judith se félicita d’avoir toujours été aimable avec lui, même si son opinion ne changeait pas et qu’elle trouvait cette aide providentielle un peu louche. Mais elle faisait avec parce qu’il fallait bien qu’elle se rende à l’évidence : elle était incapable de se débrouiller seule sans un complément de salaire. En plus, sa mère s’était toujours occupée de tout et même si elle était relativement indépendante, elle n’avait aucune conscience de la valeur des choses, de l’argent, des papiers qu’elle devait gérer pour rendre l’appartement de sa mère, pour s’occuper du déménagement et de diverses choses. Ajouter à ça la découverte de l’existence d’une autre famille, c’était un peu trop pour elle. Elle était forcée d’accepter.

***

Judith rentrait de sa demi-journée de travail. Elle s’affala dans le canapé, où une de ses colocataires, Margot, était déjà installée, avec du popcorn. Elles échangèrent quelques mots, jusqu’à ce que Pete débarque à son tour dans la pièce, tout sourire.

« Jude, tu m’en dois une ! J’ai un scoop ! »

Il jubilait. Judith se contenta de lui adresser un regard las, fatiguée de sa journée. Elle avait dû mal à se faire au rythme boulot-fac, même après deux mois.

« Raconte. »
« T’es de mauvais poil. »
« Non, vraiment ? C’est ça ton scoop ? »
« J’ai trouvé Regan Allen. »

Judith s’étouffa à moitié avec les trois popcorn qu’elle était en train de mâcher. Pete avait un frère bien placé aux renseignements, et elle lui avait demandé s’il ne pouvait pas faire quelque chose pour elle. Après des semaines de réflexions, elle voulait connaître son autre famille. Ca la hantait, et elle n’arrivait plus à avancer : Pete lui avait même dit qu’elle avait perdu son côté battante. Il éclata de rire d’ailleurs, en voyant sa réaction, et continua. Il n’attendait rien de sa part de toute façon : Judith n’était pas le genre à prendre les gens dans leurs bras pour les remercier.

« Elle travaille à la Neo Corp. J’ai pas compris ce qu’elle faisait, mais elle est à San Francisco. C’est pas le cas de ton padre par contre. »

Il afficha un air désolée, parce qu’il savait que c’était important pour elle. Pete faisait parti des rares personnes en qui Jude avait confiance. Et effectivement, elle lui en devait une maintenant. Elle resta silencieuse un instant, et finit par lever la tête vers Pete.

« Merci. »

De la part de Judith, un merci relevait de l’exploit.

***

Judith se trouvait sur le trottoir en face de la tour de la Neo Corp., un café à la main. Elle ne savait pas trop ce qu’elle faisait ici, adossée à un mur, et se trouvait bien ridicule d’attendre comme ça, à observer tous les gens qui entraient et sortaient du bâtiment. Elle se demandait quelle était la meilleure façon d’aborder une inconnue et de lui dire qu’elles étaient sœurs, qu’elle venait de l’apprendre et que leur mère était une mutante. Tout ceci était un casse-tête que Jude n’arrivait pas à résoudre.

Elle ne connaissait rien de la vie de cette Regan. Si ça se trouve, c’était une cinglée. Une folle à liée. Mais Judith ne pouvait pas se sortir de la tête qu’elle avait une sœur en ville. Une sœur qui ignorait tout de son existence, d’après la lettre que sa mère lui avait laissé.

Elle ne savait pas ce qu’elle voulait exactement. Elle ne pouvait pas oublier les révélations de sa mère, parce qu’elle avait toujours souhaité que son père soit en vie. Le fait d’avoir une sœur n’était qu’un plus. Toutes ses années seules avec sa mère n’avaient pas été merveilleuses. Il y avait eu de bons moments, c’était vrai. Mais une vraie vie de famille avait toujours manqué à Judith. Elle se demandait comment Regan avait vécu tout ça, comment était leur père, s’il était aimant, présent, ou si c’était un homme horrible aussi égoïste qu’elle pouvait l’être. Quelque part, elle voulait que Regan sache, pour que quelqu’un d’autre soit aussi perdu qu’elle l’était. Peut être qu’elle réagirait autrement, peut être la prendrait-elle pour une folle, mais elle avait tant de preuves avec elle, qu’elle ne pourrait que la croire.

Peut être que Regan pourrait l’aider à assumer l’arrestation de leur mère. Quelque part, Judith cherchait à se décharger de ce poids. Elle n’espérait pas que Regan l’accueille les bras ouverts, mais elle avait l’espoir de trouver quelqu’un qui puisse comprendre pourquoi elle détestait Min Ahn à ce moment même. Regan avait été abandonnée, Judith avait vécu dans le mensonge. C’était obligé qu’elles partagent cette haine. Du moins, elle l’espérait.

En attendant de trouver la force d’aller à sa rencontre, Jude espérait la voir sortir de cette tour. Elle consulta sa montre : il était l’heure, elle devait partir au bureau. Elle croulait sous les dossiers et n’était peut être pas des plus efficaces, mais Payne semblait satisfait, c’était l’essentiel. Même si elle supportait avec peine sa présence, elle faisait avec. C’était le seul moyen pour elle de s’en sortir, de continuer d’essayer de mener une vie normale et de rester à la fac. C’était sa vie désormais, il fallait bien qu’elle fasse avec.



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Eryn Blake
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Message Sujet: Re: Judith Allen | Ven 3 Avr - 17:46

Ta fiche est validée !
Te voilà parée à affronter l'univers de Shut Down !

Rien de surprenant, hein, ma petite capricieuse. Ouh que j'ai hâteuh ! ♥

Bon, tu connais la chanson, sous peu, nous allons t'ajouter ta couleur et recenser ton avatar ! ;)

Pense bien à :
♦ Remplir ta fiche de profil en fonction de ton personnage (la partie contact aussi !)
♦ Générer ta fiche de roleplay (toujours dans le profil ^_^)
♦ Créer ta fiche de suivi dans la Treasure Box
♦ Faire ta demande de rang !
♦ Propose ta frimousse pour l'icon box !

Et en plus...
♦ Les Caprices de l'Agent Mutagène te permettront de bénéficier d'un quatrième RP, où les mises en situation seront imposées par le Maître du Jeu. Idéal pour les surprises, l'action ou encore la bonne intégration à l'intrigue actuelle du forum !
♦ Et quand tu as tout bon... Les demandes de RP n'attendent que toi ! ♥

Si tu as des questions ou des suggestions supplémentaires, tu peux te rendre dès maintenant dans la catégorie Ask & Tell, ou encore mpotter les membres du staff !

Bon jeu parmi nous ! ♪


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Judith Allen
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Message Sujet: Re: Judith Allen | Ven 3 Avr - 20:00

Yeah merci agit Moi aussi j'ai hâte angel
Je cours faire tout ça !


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Olivia Lazar
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Message Sujet: Re: Judith Allen | Lun 6 Avr - 0:06

Ça promet, les sœurs Allen ! o.o

J'adore ta fiche ♥️


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Judith Allen
Law Student
Message Sujet: Re: Judith Allen | Lun 6 Avr - 13:06

Merci Liv' tongue
Et oui ça promet trop 8D


nothing left to lose. « Well, I've got thick skin and an elastic heart but your blade it might be too sharp I'm like a rubberband until you pull too hard I may snap and I move fast but you won't see me fall apart 'Cause I've got an elastic heart » .unbreakable




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Message Sujet: Re: Judith Allen |

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Judith Allen

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